Janvier-Février 2011

Mercredi 12 janvier, 8 heures le matin. Le sas s’ouvre, alors, tel Nautilus, notre maison roulante s’avance à l’air libre. En route pour un peu plus de cinq semaines sur les chemins de France. Cinquante-deux vignerons à voir, précise mon mari. On n’est pas sorti de l’auberge tant au propre qu’au figuré.

CHABLIS ET LOIRE.

De chez nous à Chablis, première étape, les pages de l’atlas routier se succèdent, les routes témoignent de la rudesse du mois de décembre, de gros tas de neige sale encombrent encore de nombreux bas-côtés, les rivières peinent à rentrer dans leur lit. Cependant aujourd’hui, les fortes pluies ont cédé la place à la bruine.

Les premières vignes apparaissent au nord de Chablis, à Maligny, gros bourg viticole, et ensuite à La-Chapelle-Vaupelteigne, commune cernée par le chardonnay. Arrivés au village, au Domaine de Chantemerle, les effluves de ceps brûlés envahissent la rue et titillent agréablement les narines. Succédant à son père bientôt nonagénaire, le fils d’Adhémar Boudin est resté fidèle aux enseignements reçus, il cultive et vinifie de manière traditionnelle. Trop traditionnelle? On peut le penser.

A l’inverse, à Courgis au sud de Chablis, Thomas Pico a rompu avec les habitudes paternelles, non sans heurts évidemment. Pour les trois hectares grappillés dans le patrimoine familial, il a d’emblée choisi la culture biologique. Convaincu, convainquant, il a amené son père à revoir ses méthodes culturales ; à partir de 2010, lui aussi bénéficiera du label «écocert». Car entre-temps, pour bien marquer leur différence, les deux domaines se sont séparés. L’ancien porte depuis longtemps le nom de Domaine du Bois d’Yver tandis que celui du jeune trentenaire s’appelle le Domaine de Pattes Loup, nom emprunté à un lieu-dit de la propriété. Thomas ne néglige aucun aspect qui mène à la qualité. Il privilégie la fermentation en barriques pour ses premiers crus (Côte de Jouant, Beauregard, Montmain) tout en sachant que le lieu où reposent les fûts reste capital. A cette fin, une magnifique cave située à Chablis même, humide à souhait, a été restaurée récemment. Les vins, amples, profonds, tendus s’avèrent tout à fait dans nos goûts. En 2009 les premiers crus sont déjà épuisés.

Le département de la Nièvre où se trouve le vignoble de Pouilly-Fumé est administrativement rattaché à la Bourgogne alors que ses vins font partie intégrante des vins de Loire. Ce paradoxe pose parfois problème. A Pouilly/Loire, le fleuve a atteint le milieu de son cours, soit 496 kilomètres le séparent de sa source au Mont Gerbier-du-Jonc en Ardèche tandis qu’il lui reste à parcourir 496 kilomètres jusqu’à son embouchure à Saint-Nazaire en Loire-Atlantique.

Au nord de Pouilly/Loire s’étale le vignoble de Saint-Andelain, village natal de la famille Dagueneau. Depuis la mort de Didier en septembre 2008, sa succession, de très jeunes gens placés prématurément à la tête de ce domaine médiatique, assume son rôle avec conviction et compétence. 2009 et 2010 ont enfin apporté une récolte normale après deux années particulièrement déficitaires. Aux jardins de Babylone, autre propriété de la famille,
le Jurançon 2008 n’a jamais atteint une telle classe.

Nous quittons la Loire pour traverser la Sologne et la retrouvons à Amboise, en Touraine, où se trouvent dans une impressionnante cave troglodytique, les chais de Xavier Weisskopf, au Domaine Le Rocher des Violettes. Le jeune couple est heureux, il attend un bébé pour le printemps, les récoltes lui donnent satisfaction tant en qualité qu’en quantité et les ventes vont bon train. Déjà les bouteilles de la cuvée Borderies 2009 manquent. Ajoutons que partout où l’on évoque Xavier et ses vins, les critiques s’affirment toujours comme très positives. Il n’aura pas fallu longtemps à ce vigneron doué pour s’imposer parmi les meilleurs de l’appellation Montlouis.

Tout au-dessus du village de Saint-Julien-de-Chédon que longe le Cher, une cave troglodytique elle aussi, abrite le stock du Vignoble des Bois Vaudons. Jean-François Mérieau dirige ce domaine d’environ 35 hectares. Jean-François est très attaché à la diversité du terroir tourangeau. La Touraine, tout comme l’Anjou, multiplie les cépages et les appellations. Certains voudraient simplifier et s’en tenir à deux ou trois cépages afin de ne pas dérouter le consommateur. Jean-François s’insurge, il considère quant à lui que cette diversité constitue une richesse. La gamme qu’il propose reflète bien ses convictions. Autour du «boa» (bois), il offre une abondance de cuvées où l’on peut se perdre parfois. Nous nous en tenons aux vins de base, le sauvignon et le gamay, superbes rapports qualité-prix, et regrettons toutefois que la cuvée «Grands Champs», un assemblage de cabernet-franc et de cot, ne remporte pas plus de succès. Parmi les cépages oubliés, voire abandonnés, le sauvignon rose a retenu toute notre attention et suscité notre enthousiasme. Sa rareté explique son prix.
Dans la petite maison jouxtant la cave, nous passons une soirée bien agréable avec la jeune famille Mérieau.

Près de Chinon, nous retrouvons toujours les Baudry avec grand plaisir. Au fil des années de collaboration, de vrais liens d’amitié se sont créés. Mathieu, le fils de Bernard en âge de retraite, s’est totalement investi dans l’affaire. A deux, ils forment une équipe performante, innovante et expérimentée. La culture en mode biologique a apporté une profondeur indéniable à chaque vin du domaine. D’emblée Mathieu exprime son enthousiasme pour le millésime 2010. Après dégustation, nous partageons tout à fait son sentiment.

Chinon, Bernard et Mathieu Baudry

Peut-on assimiler Bourgueil à «un bon petit vin de Loire»? Nous ne le croyons pas mais beaucoup de gens le pensent. Certes, il existe des cuvées plus souples que l’on peut boire rapidement et à température fraîche, mais dans l’ensemble ces vins issus essentiellement du cabernet-franc demandent à affiner leurs tanins, donc à vieillir. Dix ou vingt ans de garde ne leur font pas peur. Ce n’est pas nécessairement dans l’air de notre époque qui, si elle le pouvait, prendrait de l’avance sur la marche immuable du temps. Ce fait décourage quelque peu Thomas, le fils aîné du Domaine des Ouches. La qualité ne s’accommode pas de la précipitation. Autour des délicieux mets concoctés par Mme Gambier, nous prenons toujours le temps de nous extasier en dégustant les vins vieux de la maison.

Domaine des Ouches. Thomas et Denis Gambier

Autrefois fâchées avec leur proche voisin de la Coulée de Serrant, les deux dames Laroche ont relégué aux oubliettes le conflit d’hier, à l’avantage du terroir de La Roche aux Moines, tout de chenin planté. Les deux exploitations, La Coulée de Serrant et le Domaine aux Moines, possèdent la majorité du vignoble, ne laissant que quelques miettes à divers producteurs. Tessa Laroche (Domaine aux Moines) et Virginie Joly (Coulée de Serrant) visent l’appellation contrôlée (ou protégée) pour ce cru de Savennières qu’est La-Roche-aux-Moines. Il pourrait alors arborer fièrement son nom sur les étiquettes sans la tutelle de Savennières. A cette fin, les deux jeunes femmes ont établi une charte exigeante stipulant, entre autre, que le rendement ne peut excéder 30 hl/ha, que la chaptalisation et le désherbage sont interdits, que seuls les vins secs (4 gr de sucre maxi), moelleux et doux pourront porter le nom du cru. Cette législation entrera en vigueur à partir du millésime 2011. Interdire le désherbage équivaut pratiquement à rendre obligatoire la culture biologique, le Domaine aux Moines l’a adopté depuis l’année 2006.

Les vins de Savennières offrent un profil particulier, à l’aveugle, on pourrait croire qu’il s’agit de vins rouges. Tanniques presque, la vinification actuelle tend à leur apporter davantage de souplesse, d’amabilité. Un Savennières n’est pas un vin d’apéritif comme un Sancerre que l’on boit sans trop réfléchir, il exige plus d’attention de notre part. Par contre, il se tient à merveille à table, il met en joie les crustacés, les homards en sauce et les volailles à la crème. Les vignes s’étalent sur des coteaux abrupts dominant la Loire, leur situation les rend difficiles à travailler comme le sont, par exemple, les vins de Condrieu et de Côte-Rôtie. Par conséquent, comment expliquer la modestie de leur prix?

Construite autour du XIIIe siècle, la tour du Château de Passavant a retrouvé une jeunesse. L’intérieur a été complètement rénové avec un goût admirable qui allie harmonieusement l’ancien et le nouveau. Habiter sous une voûte haute de douze mètres datant du XIIIe siècle n’est certes pas à la portée de tout un chacun. Cette chance a souri au couple David-Falloux qui a longtemps donné vie aux vins de Passavant. Dans les années septante, sous l’impulsion de Jean David, le Château de Passavant s’est distingué par sa modernité, nous vendons ses vins depuis plus de trente ans. Des liens solides ont été tissés au cours de ces années. Dans un si bel
environnement, la joie de retrouver Nono et Jean s’amplifie encore. L’ensemble de la propriété jouit d’un écrin naturel d’une beauté émouvante. L’esprit en est tout émoustillé. Se réveiller en contemplant le lever de soleil à travers les branchages d’un vieux cèdre vaut certainement le voyage.

La nouvelle génération –Claire la fille aînée, Olivier son mari et François le fils- a repris le flambeau avec un même souci de qualité. Si Jean David avait surtout porté ses efforts sur la vinification, les jeunes ont concentré les leurs sur la culture qu’ils ont voulue biologique. En Anjou, autour de la petite rivière du Layon, tous les types de vin existent. A Passavant, on réalise des crémants, des blancs secs ou doux, des rosés secs ou doux et des rouges récoltés sur du schiste, sorte d’ardoise friable, qui leur confère toujours une note de sévérité redoutée par certains consommateurs qui leur préfèrent la rondeur des vins du Rhône. Pourtant digestes, élégants, droits, d’une belle minéralité, ils se révèlent d’excellents compagnons de repas. Paradoxe : le rosé cabernet d’Anjou a enrichi toute la province après la dernière guerre pour ensuite perdre son aura jusqu’à coller une image négative à tout l’Anjou. Aujourd’hui, alors que la consommation du rosé s’emballe, le cabernet d’Anjou reconquiert les marchés et soutient les vignerons angevins habitués à défendre âprement leurs moyens d’existence.

Présent à la dégustation du printemps.

Millésimes.

En général, récoltes généreuses en 2009 et 2010.
En 2009 les vins présentent plus de rondeur que d’habitude, les blancs moins de vivacité. En 2010, surprise, l’année n’a rien à envier à la précédente mais ses caractéristiques diffèrent. Les rouges se révèlent tendus, fringants. Les blancs retrouvent de la vivacité, ils sont mûrs et frais.

Nos vins préférés

  • Domaine de Pattes Loup, Chablis 2009
  • Domaine Didier Dagueneau, Pouilly-Fumé Pur-Sang et Silex 2009
  • Les Jardins de Babylone, Jurançon 2008
  • Domaine Le Rocher des Violettes, Montlouis sec Négrette 2009
  • Vignobles des Bois Vaudons, Sauvignon rose 2008
  • Domaine B. et M. Baudry, Chinon Clos Guillot et Croix Boissée 2009
  • Domaine des Ouches, Bourgueil Les Ouches 2008
  • Domaine aux Moines, Savennières La Roche-aux-Moines 2009
  • Château de Passavant, Rosé cabernet d’Anjou et Coteaux du Layon 2010, Anjou-Villages 2008.

Un restaurant.

Le Chat à Villechaud (Cosne/Loire)pour la sélection superbe des vins et ses prix raisonnables.

BORDEAUX RIVE DROITE ET SUD-OUEST.

La Loire coule lentement vers Saint-Nazaire et l’océan tandis que nous l’abandonnons pour le Sud, nous retrouvons la Gironde à Blaye. Elle aussi rejoindra bientôt l’océan, elle en subit déjà les marées. Le temps s’est refroidi, le carreau de notre capucine se givre mais, entrouvert, il permet d’admirer la lune qui se reflète dans le fleuve en un lumineux faisceau tremblant. Spectacle fabuleux dont on ne se lasse jamais.

Notre première visite en Aquitaine est réservée à la cave de Cars et sa dizaine de châteaux en Côtes de Blaye. La petite association a changé de nom et, dans un premier temps, nous la dépassons sans la voir. Elle a choisi le nom de Châteaux Solidaires, ce qui correspond mieux à l’esprit qui l’anime et échappe ainsi à l’aspect négatif de la coopérative. C’est juste une question de communication car, de tout temps, son animateur, M. Dominique Raymond, l’a hissée vers le haut. Après tant d’efforts, il regrette seulement que la valeur des vins ne puisse se répercuter dans les prix. Autant les châteaux prestigieux réclament des prix déments, autant la multitude des châteaux modestes soufre. Il semble que la France subisse plus que notre petite Belgique la morosité et les interdits en tout genre. Boire du vin et s’en réjouir deviendrait-il donc suspect?

Vieille connaissance, Michel Terrras propriétaire du Château Vieux Clos Saint-Emilion affiche toujours une joviale bonne humeur. Il pourrait se plaindre pourtant. En effet, juste avant les vendanges de 2009, il a été victime d’in incendie touchant les bâtiments de stockage de matériel. Ses voisins se sont mobilisés pour qu’il puisse mener à bien sa récolte. Heureusement les réserves de vin, gardées en face, n’ont pas été touchées. Actuellement tout est reconstruit.

Michel s’extasie en décrivant le millésime 2010. En trente ans de carrière, raconte-t-il, il n’a jamais connu une telle expression du Saint-Emilion. Degré élevé, acidité certaine, couleur proche d’une syrah, matière profonde, bref une année «superlatif» pour une quantité tout à fait appréciable. «Ce vin, il ne faudra pas y toucher avant quinze ans» proclame-t-il. Qui vivra, verra.

Le Château Gombaude-Guillot comporte sept hectares situés en plein centre de Pomerol, tout près de l’église. Il constitue une exception car, contrairement à ses célèbres voisins qui disposeraient bien des moyens, il a opté pour la culture biologique depuis une quinzaine d’années déjà. Soucieux de restituer au mieux leur terroir, les propriétaires ont adopté un mode de culture qui s’est révélé «bio» sans le savoir. Depuis ils ont reçu le label «AB»

Ce n’est probablement pas un hasard si, au fil de nos cheminements à travers le temps et les vignobles, nos goûts nous amènent souvent vers une culture plus naturelle. L’équilibre et la minéralité qu’elle procure aux vins nous enchantent davantage qu’une rondeur trop accentuée. A Saint-Emilion et à Pomerol, le merlot règne en force. Une certaine mode l’a voulu cueilli à maturité extrême, ce qui a rendu le vin mou, presque écoeurant.

Comme dans l’ensemble de la viticulture française, certains propriétaires ne se plaignent pas de la mévente des vins car ils se sont rendus indépendants du négoce de gros. Ceux qui en dépendent encore, et ils sont nombreux, peinent à vivre. Aberration suprême : le tonneau de 900 litres d’un simple Bordeaux a pu se vendre au prix d’une bouteille d’un château renommé. Quand on sait que le prix de revient de 75 cl d’un vin d’élite n’excède pas 10 €, comment justifier qu’on puisse le retrouver en vente à 900 € ? Qui est floué ?

Sur la route qui relie Castillon-la-Bataille à Sainte-Foy-la-Grande, les départements de la Gironde et de la Dordogne s’entremêlent, s’entrecroisent. A Sainte-Foy-la-Grande, on se trouve en Gironde et Margueron en est le dernier village vers le sud. Juste après on rentre dans le Lot-et-Garonne où l’on rencontre les appellations de Côtes-de-Duras et Côtes-du-Marmandais. Sur le chemin vers le Sud, les trois 7vignerons qui personnifient ces appellations se suivent.

Ajouter Sainte-Foy au nom de Bordeaux n’a pas vraiment aidé cette extrémité de la Gironde. Comme partout la qualité du vigneron contribue le mieux à la réputation du cru. Convaincue par la culture biodynamique comme son mari qui l’applique au Château Pontet-Canet à Pauillac, Corinne Comme a pris à bras le corps le destin de la petite propriété familiale de Margueron, le Château du Champ des Treilles. Elle est passionnée, passionnante, on l’écoute pendant des heures sans que l’attention se relâche. D’autres que nous ont succombé à son charme puisque Corinne conseille maintenant une autre femme, Bérénice Lurton, propriétaire du Château Climens à Barsac. Tout va bien donc, sauf qu’une partie de la récolte 2010 a été amputée par une grêle en mai dernier.

Les chais d’ Elian Da RosLes «apprentis» du Domaine Mouthes Le Bihan apprennent vite et bien. Depuis que Kathy et Jean-Marie ont décidé de vinifier eux-mêmes, à la fin du siècle dernier (!), les raisins récoltés dans leur domaine non exclusivement viticole, ils progressent sans cesse. Les vins de 2009 ne s’ouvrent guère encore. Les 2010 s’expriment davantage, offrant de la structure et de la fraîcheur. On devine dans les blancs un potentiel énorme.

Elian Da Ros s’impose, lui aussi, comme un homme de conviction, un amoureux du vin et de la terre qui le produit, un homme que l’on est heureux d’avoir rencontré dans sa vie. Soutenu par sa compagne, il poursuit sa route malgré
des années difficiles liées aux aléas climatiques. En agriculture, on se soumet à la nature avec fatalité, il n’existe encore nulle part un bureau de réclamation envers le ciel. Sandrine et Elian se réjouissent donc que les deux derniers millésimes les aient gratifiés d’une vendange abondante et qualitative.

Ces trois visites constituent toujours pour nous des rendez-vous festifs, des fêtes à l’amitié qui peuvent se prolonger au-delà du raisonnable car nos hôtes font plutôt la nique aux pisse-vinaigre.

En Gascogne, à la porte des Landes, presque dans le Gers, nous visitons pour la première fois le Domaine Laballe. La famille Lauzet en a fait l’acquisition en 1820. A cette époque, elle se consacrait à l’élaboration de Bas-Armagnac. Depuis trente ans, le vin a complété son activité. Le jeune Cyrille Lauzet et son épouse ont pris la succession du grand-père qui s’est arrêté à plus de nonante ans. Ils continuent à proposer des Bas-Armagnac de qualité mais développent la vente de vins. A la tête de trente hectares de vignes, ils cultivent du sauvignon, du colombard, de l’ugni blanc, du gros manseng et un peu du chardonnay. Par moitié, ils commercialisent du Vin de Pays du Terroir Landais et du Vin de Pays des Côtes de Gascogne. Ils viennent d’acquérir deux hectares dans l’appellation Tursan, un vin rouge gascon resté méconnu. Les outils nécessaires à la vinification n’avaient guère évolué en trente ans, Ils étaient devenus carrément désuets.

Domaine LaballeCyrille a conclu un accord avec un voisin viticulteur et dispose maintenant d’un outil tout neuf et performant pour mener à bien les vinifications. Nous sommes heureux de vous proposer un Côtes de Gascogne blanc 2010 truculent et plein d’allant comme les trois mousquetaires.

Bientôt apparaissent les premières constructions en petites briques rouges, signe que l’on approche de la région toulousaine. Nous retrouvons la famille Ribes toujours soudée autour des ses projets. Tous s’attèlent à la consolidation du Château Le Roc dans l’appellation Fronton. Ils ont décidé de se séparer du Château Flotis, acquis juste au moment où la situation de beaucoup de vignerons se dégradait et devenu trop lourd à porter. 2009 leur a permis d’élaborer des vins plus souples qu’habituellement. 2010 peut être considéré comme un excellent millésime présentant des tanins fourrés. Le rosé reste le plus joyeux des compagnons. Voici encore un endroit où les soirées s’avèrent aussi animées que les jours.

Millésimes.

2009 se définit comme une année mûre, riche, aux tanins souples dans l’ensemble. 2010 s’équilibre mieux entre l’acidité et la richesse alcoolique. En valeur intrinsèque, les millésimes se valent, chacun y trouvera son bonheur selon ses goûts.

Nos vins préférés

  • Château Montfollet, Premières Côtes de Blaye 2009
  • Château Gombaude-Guillot, Pomerol 2008
  • Château du Champ de Treilles, Bordeaux Le Petit Champ 2009
  • Domaine Mouthes le Bihan, Côtes de Duras cuvées Vieillefont et Apprentis 2008
  • Domaine Elian Da Ros, Côtes du Marmandais Chante-Coucou 2008
  • Domaine Laballe, Côtes de Gascogne blanc 2010
  • Château Le Roc, Fronton rosé 2010.

LANGUEDOC.

Enpoursuivant vers l’est, on aborde la région des Cabardès, véritable transition entre le Sud-Ouest et le Languedoc car, en plus des cépages languedociens, elle utilise encore plusieurs cépages de l’ouest tels le cabernet-sauvignon et le merlot.

Nous avions eu un premier contact positif avec l’homme et ses vins lors de Vinisud l’année dernière. Nous nous étions promis d’aller rencontrer Guilhem Barré sur son lieu d’exploitation. Son installation dans le village de Ventenac Cabardès date de 2008. Au milieu de ses Domaine Laballe Château Le Roc, famille Ribescinq hectares de vignes trône un mobil home qui lui sert de bureau tandis qu’une entreprise creuse la cave souterraine. Un vrai chantier ! Avant de franchir le pas et de devenir indépendant, il a travaillé pour d’autres tout en mûrissant son projet. Les habitants du village l’ont d’abord regardé faire de loin puis semblent l’avoir adopté. Il faut dire que voir quelqu’un entreprendre une activité de vigneron alors que tant l’abandonnent ne manque pas d’étonner. Surtout qu’il a recours à un cheval pour ses labours et qu’il cultive bio. Sur un sol calcaire, Guilhem réalise de beaux vins frais, à base de merlot, syrah et cabernet-sauvignon, qu’il propose à prix abordables. Nous nous sommes tout de suite sentis en symbiose avec lui. Parmi ses quatre cuvées, nous en avons sélectionné deux que vous pourrez apprécier à la dégustation de mars.

Présent à la dégustation du printemps.

A Roquetaillade, merveilleux village que l’on peut admirer sous toutes ses facettes en empruntant les routes de campagne qui le surplombent, Marie-Claire et Pierre Fort nous accueillent en leur Domaine de Mouscaillo. Bénéficiant d’une position privilégiée en altitude, les chardonnay et pinot n’expriment aucune facilité, aucune vulgarité qui leur viendraient d’un terroir trop chaud.
Didactique, affirmatif bien que toujours en recherche, Pierre justifie sans cesse ses méthodes qu’il oppose aux vignerons qu’il juge intégristes. Marie-Claire sourit sous cape. Bref, les débats roulent sans jamais virer au vitriol et nous mesurons notre chance d’échanger tant d’idées, autour d’un excellent repas, avec le couple Fort convivial et hospitalier.

Corbières, Minervois : annulé en raison du décès d’un parent proche. La compagnie Ryanair nous ramène en Belgique pour deux jours. A notre retour à Carcassonne, le vendredi 28 au matin, on prend le soleil de plein fouet. Nous reprenons notre programme quelque peu chamboulé en nous dirigeant vers Saint-Chinian. Dès qu’on oblique vers l’aire d’appellation, la terre rouge, les chênes verts, la pierre ocre et les vignes sombres illuminées par le soleil en jettent plein la vue.

Le Mas Champart se trouve isolé dans cette nature resplendissante. C’est l’évidence même, Isabelle et Mathieu Champart s’y sentent bien et connaissent leurs terroirs intimement. Arrachant, plantant, entretenant, ils veillent sur leurs vignes avec amour. Mathieu goûte son bonheur de conduire le vignoble, ses yeux en pétillent. Ce que son compagnon produit avec art, Isabelle le peaufine en cave. A leur image, les vins s’épanouissent.

En fin d’après-midi, nous sommes
à Aniane, au Domaine de la Grange des Pères, nous y logerons même dans le hangar, dans le camping-car tout de même, en raison de quelques méchantes
fantaisies que notre escargot bien-aimé nous joue.
Rappelons un peu le défi que la famille Vaillé a relevé en achetant des terres réputées incultes, en défrichant des garrigues caillouteuses abandonnées depuis presque deux cents ans. En vingt ans, elle a créé un vignoble que beaucoup leur envie maintenant. Grâce au «feeling» de Laurent, le vin de la Grange des Pères, modeste Languedoc, s’est imposé sur les meilleures tables. Mourvèdre, syrah, cabernet-sauvignon plus quelques parcelles de cépages rares composent le vin rouge tandis que la marsanne et la roussanne donnent naissance au blanc. On reste toujours étonnés devant la fraîcheur, la minéralité à ce point inhabituelles dans un vin du Sud. 2010 semble très réussi. A table, le rouge 1994 marque une certaine évolution mais se déguste encore avec grand plaisir.

Samedi matin le merveilleux soleil a cédé la place à la pluie. Pluies suivies d’averses comme le dit souvent la météo belge. Le paysage a lui aussi changé de visage, il s’assombrit et pleure l’astre solaire disparu.

Nous passons la soirée au Mas des Brousses à Puéchabon en compagnie de Géraldine et Xavier Peyraud, de leurs enfants et de François Peyraud venu de Bandol. Il a apporté avec lui quelques magnums du Domaine Tempier dont le 1978 ravit les convives sur la brouillade aux truffes. Au Mas des Brousses, le jeune couple s’essaie au vin blanc. Actuellement il se compose de onze cépages et pourrait s’appeler «qu’est-ce qu’il n’a pas?». De toute manière l’essai s’est bien transformé et mérite les encouragements.

Dimanche matin, sur proposition de la famille Peyraud, nous entreprenons une promenade vers le Mont Calmès qui domine Puéchabon. La température s’est radoucie et le soleil a repris possession du ciel. Nous traversons de superbes garrigues où thym et romarin abondent. Gustave, le charmant bambin puîné du couple m’en offre un bouquet fleuri et odorant. Des fermes abandonnées remarquablement construites, mais reconquises par la végétation, témoignent de l’activité qui régnait autrefois sur ces hauteurs isolées. Les sentiers empierrés nous conduisent au bord de la montagne, vers les gorges de l’Hérault que l’on découvre tout au fond de la vallée baignant le célèbre village de Saint-Guilhem-le-Désert, perle du Languedoc. Deux heures de ravissement pour les yeux !

Millésimes

2009 et 2010 rivalisent de qualité avec, en constance, une fraîcheur accentuée en 2010.
Les récoltes se sont montrées moins abondantes que dans l’Ouest de la France.

Nos vins préférés

  • Domaine Guilhem Barré, Vin de Pays La Peyrière 2008, Cabardès La Dentelle 2009
  • Domaine de Mouscaillo, Limoux blanc 2007
  • Mas Champart, Saint-Chinian L’Arbo 2009
  • Domaine de la Grange des Pères, Vin de Pays blanc et rouge 2008
  • Mas des Brousses, Coteaux du Languedoc 2009.

RHÔNE SUD ET PROVENCE.

Passé le Pic-Saint-Loup, on entre presque aussitôt dans le département du Gard. Sa végétation atteste de son appartenance au Languedoc bien que les vignobles bordant la rive droite du grand fleuve font partie intégrante des vins du Rhône.

Domaine Pélaquié, Luc Pélaquiéla tête de 80 hectares, Luc Pélaquié veut toutefois commercialiser l’ensemble de sa production en bouteilles. On le comprend car les vignerons qui dépendent des coopératives ou du négoce ne parviennent plus à vivre du fruit de leur travail. La faute à trop de vins sans doute, trop de vins quelconques aussi car le consommateur privilégie le vin signé. Le nom du domaine donne davantage confiance que l’appellation. Le Domaine Pélaquié s’est depuis longtemps distingué par l’excellence de ses vins blancs. En 2010, il ne faillira certainement pas à sa réputation. La bonne tenue des clairette, bourboulenc, viognier, roussanne, grenache gris ou blanc le prouve. En rouge, Luc croit au mourvèdre bien adapté et bien conduit, le Lirac qu’il élabore en fait foi.

Au Domaine de la Réméjeanne, Olivier, le fils de vingt-trois ans est revenu seconder son père après des études et des stages consacrés à la vigne et au vin. Rémy Klein en est tout heureux. Souriant, à l’aise, Olivier semble lui aussi satisfait d’être là. Le problème de la succession, de la transmission dans les exploitations agricoles qui exigent des investissements à très long terme se révèle souvent épineux.
En raison d’un printemps maussade, la fleur ne s’est pas bien développée et a compromis la quantité de raisins récoltés à la vendange 2010. Rémy déplore 20% de récolte en moins. La cuvée «Côté Levant» sera uniquement réservée aux bag-in-box.

Jean Steinmaïer se dit satisfait d’une récolte plus abondante qu’en 2009 où il avait subi la grêle. Toutefois il est loin d’avoir fait le plein ce que nous constaterons auprès de nombreux vignerons rencontrés par la suite.
Le Domaine Sainte-Anne nous surprend toujours par sa régularité. Homme peu médiatique, honnête, rigoureux, Jean représente pour nous le champion du rapport qualité-prix en Côtes-du-Rhône. Sa réserve naturelle sans doute le tient éloigné du tam-tam journalistique ce que nous trouvons injuste. Ses vins traversent le temps remarquablement. Un Saint-Gervais 1983 et une syrah 1990 savourés le soir ont contribué à confirmer nos certitudes.

Pour rejoindre le Vaucluse, nous traversons le Rhône qui palpite sous la caresse du Mistral. Malgré la générosité du soleil, le froid pénètre en profondeur tout ce qui vit.

Château RayasUne visite au Château Rayas recèle toujours un caractère intrigant. D’où provient la magie dégagée par ce Châteauneuf si peu conventionnel ? Est-ce dans son exposition au nord, dans le mûrissement lent recherché par Emmanuel Reynaud, dans son élevage archaïque? Ici, à l’inverse de la plupart des domaines du cru, les fûts ne rentrent jamais avant d’avoir atteint au moins vingt ans d’âge et certains s’enorgueillissent de leurs quatre-vingts ans. Rayas et Fonsalette se définissent comme des vins profonds, gracieux, élégants qui vieillissent admirablement. A ce propos, le propriétaire estime que l’on boit ses vins beaucoup trop tôt et qu’ainsi on en laisse en route une grande partie de sa substance et de son devenir. Pour remédier à ce qu’il juge hérétique, il retarde de plus en plus la mise sur le marché des millésimes récents. Nous n’aurons les vins de 2007 qu’en décembre. En compensation, il remet en vente quelques vins plus aboutis.

A Gigondas, Yves Gras est un homme plein de projets. Le Domaine Santa Duc vit et grandit au rythme du dynamisme infatigable d’Yves et de sa femme Véronique. A notre arrivée déjà, nous sommes surpris par un tout nouveau bâtiment dressé devant les anciens, il est destiné au stockage mais il comporte aussi salles de dégustation et de réception, terrasses s’ouvrant largement sur le vignoble, le tout réalisé avec des matériaux de bois, de verre, d’acier galvanisé (je crois !) dans un ensemble harmonieux. L’autre nouveauté concerne la cave. Dans sa recherche de finesse, Yves remplace petit à petit ses barriques par des foudres, et pas n’importe lesquels, la rolls du foudre, les fameux foudres autrichiens de l’artisan Stockinger. Il en possède déjà dix. Ce n’est pas tout, cerise sur le gâteau, le domaine possède maintenant une parcelle d’un peu plus d’un hectare en Châteauneuf-du-Pape, promesse de futurs plaisirs.
A Cairanne, au carrefour distribuant de nombreux villages viticoles, Véro et Yves nous font découvrir un nouveau restaurant bien nommé «Coteaux et Fourchettes» (il n’y a pas de faute de frappe).

La cuve de Châteauneuf d’Yves GrasLa Provence alterne les plis rocheux -Val d’Enfer, Dentelles de Montmirail, Massif du Luberon, Montagne Sainte-Victoire- et les larges plaines que se partagent les départements du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône.

Près de l’inquiétant Val d’Enfer s’étend le Domaine de Trevallon où s’est installée la famille Dürrbach voici quatre décennies. Eloi Dürrbach en a fait un phare de la région, il l’est resté malgré des attaques qui ont abouti au déclassement du vin des Coteaux des Baux de Provence en Vin de Pays. Il est triste de savoir que la cause des ennuis en incombe au merveilleux cabernet-sauvignon produit par le domaine. Celui-là comme la syrah sont élevés en foudre tandis que les cépages des vins blancs fermentent en barriques. Les vignes destinées au vin rouge sont aujourd’hui quadragénaires, Eloi sent qu’elles ont atteint une maturité bienheureuse qu’elles transmettent généreusement aux raisins. Nous en sommes ensuite les heureux bénéficiaires. Pour terminer la dégustation, nous goûtons le rouge 2001, subtilement truffé. En quittant la propriété, mon mari, ravi, déclare : «Ce vin me met en joie». Et aussi en appétit car aussitôt il échafaude moult projets autour de restaurants.
Antoine, le fils d’Eloi, présentera les vins de Trevallon en mars.

Présent à la dégustation du Printemps.

Des Coteaux des Baux-de-Provence aux Coteaux d’Aix-en-Provence, nous voici au Château Lacoste. La rénovation de grande envergure concernant cette exploitation de 120 hectares se poursuit. Divers architectes réputés et de nationalités différentes ont été sollicités pour créer un cadre ultramoderne autour de la vieille bâtisse provençale et de ses dépendances. Mathieu Cosse, grand connaisseur des terroirs et dégustateur émérite a reçu, lui, la mission de transformer le vignoble, de conduire des vins jusqu’ à là banals vers le meilleur possible. Il a opté pour la culture biodynamique, comme à Cahors où il partage son vignoble avec Catherine Maisonneuve. Il arrache, replante et sur-greffe. Délaissant les clones comme la plupart des vignerons d’élite, il donne sa confiance aux sélections massales (ceps choisis dans la propriété au contraire d’une multiplication industrielle chez les pépiniéristes). C’est un travail de longue haleine qui nécessitera encore quelques années avant l’aboutissement espéré.
Cependant les vins portent déjà la marque de leur initiateur.
Après la dégustation dans les chais, Mathieu nous invite à boire un «canon». Nous nous régalons d’un Saumur blanc des frères Foucault. Pendant la conversation, il est dit que je suis née en 1945. Mathieu s’éclipse un moment et revient avec une bouteille cachée. La bouteille ouverte nous révèle un vin rouge dépouillé mais non fané, d’une structure plaisante. Le secret s’évente rapidement : il s’agit d’un château Saint Georges, Saint-Georges Saint-Emilion 1945.
C’est le premier vin de mon année de naissance que je bois. Infiniment merci, Mathieu.

En début de soirée, Sylvain Morey nous reçoit dans son appartement à Pertuis, au sud du massif du Luberon d’où proviennent les vins de la Bastide du Claux. Il vient d’emménager dans un vieil immeuble à l’élégance d’autrefois et a rafraîchi avec goût son nouveau lieu de vie. Nous devisons en toute sympathie autour des échantillons préparés et d’une joue de boeuf longtemps mijotée.

Par un matin lumineux, nous prenons la route vers la Méditerranée. La grande bleue nous apparaît peu avant la descente sur Bandol. Nous nous arrêtons au Plan-du-Castellet où se situe le Domaine Tempier. Nous avons toujours considéré, à travers quelques domaines renommés, le vin de Bandol comme l’un des meilleurs de France. Sa capacité à accompagner le temps qui passe étonne et surprend avec bonheur. Nous regrettons alors vivement qu’aujourd’hui 79% de la production sous l’appellation Bandol soit consacrée au vin rosé. Il est certes excellent, quoique un peu cher, mais ampute la production d’une grande part de sa meilleure potentialité. Le Domaine Tempier garde raison et s’il réalise quand même 50% de rosés, il considère toujours ses vins rouges comme l’expression la plus noble du terroir de Bandol. Victime de la sécheresse depuis ces dernières années, sa production s’était réduite comme une peau de chagrin. Le millésime 2010 a endigué la pénurie, sans excès toutefois.
Nous descendons à Sanary à l’Hôtel de la Tour, convié par Daniel Ravier, le régisseur aguerri du Domaine Tempier. Soleil, bateaux, palmiers, plateau de fruits de mer et daurade en croûte de sel : un petit air de vacances, la chaleur pesante en moins.

Le port de Sanary4 février, 44 ans de mariage. Belle occasion de s’offrir un repas truffes chez l’ami Jullien à La Beaugravière, sur la nationale 7 à Mondragon. Les truffes se font rares en ce début février mais la nouvelle lune arrive et les trufficulteurs comptent beaucoup sur elle pour remplir leurs besaces. Au marché de Richerenches du samedi matin, malgré les réticences feintes ou réelles, les truffes se vendent à 800 € le kilo. Heureux pays qui troque de plus en plus ses vignes contre des chênes truffiers.

Millésimes

2009 offre des vins structurés, puissants et généreux. 2010 se montre moins fougueux et met en valeur l’équilibre, gage de longévité. En général, moins d’abondance en 2010.

Nos vins préférés

  • Domaine Pélaquié, CdRh Laudun blanc 2010
  • Domaine de la Réméjeanne, CdRh Les Chèvrefeuilles 2010
  • Domaine Sainte-Anne, tous les vins de 2010 (impossible de trancher)
  • Château Fonsalette 2009
  • Domaine Santa Duc, CdRh- Roaix Les Crottes 2OO8
  • Domaine de Trevallon rouge 2009
  • Château Lacoste, Coteaux d’Aix blanc Les Pentes douces 2009
  • La Bastide du Claux, Côtes de Luberon Malacare 2009
  • Domaine Tempier, Bandol La Migoua 2009.

Les truffes de Richerenches

Restaurants

  • Coteaux et Fourchettes à Cairanne pour son choix de vins régionaux
  • La Beaugravière à Mondragon pour l’abondance de truffes et le choix judicieux des vins
  • L’Hôtel de la Tour à Sanary pour ses produits de la mer et la modestie du prix des vins.

 

 

 RHÔNE NORD.

Alain Graillot a cédé la place à son fils Maxime sans toutefois perdre le domaine de vue. Maxime lui-même a créé le Domaine des Lises qui produit du Crozes-Hermitage. Mais il s’est aussi associé avec un ami pour mettre sur pied une société de négoce appelée Equis. Ce négoce propose l’Equinoxe, un Crozes-Hermitage gouleyant sans autre prétention que d’être bu sans modération, le Domaine des Lises plus structuré, un Saint-Joseph et un Cornas dont Equis gère entièrement la culture et la vinification. Maxime semble tout à fait dans son élément dans le monde du vin, chacun loue son enthousiasme et son professionnalisme. Encouragé par son exemple peut-être, son frère, deuxième fils d’Alain, l’a rejoint récemment.

Philippe et Vincent Jaboulet, père et fils, doivent se battre pour faire exister leur nom après la vente de la société Jaboulet Ainé à de gros faiseurs. Ils doivent défendre les valeurs sûres qu’ils ont gardées comme les terroirs de Crozes Nouvelère (qui traduit bien le nouveau départ) et de l’Ermitage et faire connaître leur savoir-faire. Dans ce but, ils prennent souvent leur bâton de pèlerin et parcourent inlassablement les chemins… jusqu’en Chine.
En septembre 2008, il s’est déversé sur la région des torrents de pluie qui ont compromis les vendanges. Heureusement la qualité des récoltes de 2009 et 2010 ont atténué ce mauvais souvenir et redonné vigueur aux vignerons.

Présent à la dégustation de mars.

la Ferme des sept Lunes, Jean Delobre se définit comme paysan-vigneron. Sa ferme lui ressemble, elle affiche un look décontracté, entretenu sans rigueur, authentique. De son côté paysan, il a gardé le respect de la nature et la méfiance vis-à-vis des artifices en tout genre. Il croit par conséquent à la culture biodynamique pour laquelle il s’est véritablement engagé avec d’autres paysans. Issue en droite ligne de ses convictions, la protection des vins par le soufre le titille, il voudrait pouvoir s’en passer mais ne sous-estime pas le danger que cela représenterait. Alors il en met le moins possible comme tous les vignerons qui réfléchissent. En 2010, année de grande élégance, Jean déplore une toute petite récolte.

Dernière étape au sud de Lyon, le Domaine du Chêne où sont arrivés en renfort, Anaïs la fille et Julien le fils, à la grande satisfaction de leurs parents. La journée commencée à onze heures le matin se passe à goûter toutes les déclinaisons de la syrah et du viognier élaborés par l’exploitation ainsi qu’à écouter les propos toujours intéressants de Dominique et Marc Rouvière. Autour des barriques ou à table, ou encore dans le joli caveau de dégustation, le temps s’écoule sans que l’on s’en rende compte. Nous devions passer outre de Lyon ce soir mais finalement nous ne partirons en Beaujolais que demain matin.

Millésimes

Suave, onctueux, 2009 possède toutes les qualités pour ravir les amateurs de syrah. 2010 lui confère une touche de vivacité.

Nos vins préférés

  • Domaine Alain Graillot, Crozes-Hermitage rouge 2009
  • Equis, Crozes-Hermitage Equinoxe 2009
  • Domaine Philippe et Vincent Jaboulet, Crozes-Hermitage Nouvelère 2OO7
  • Ferme des sept Lunes, Saint-Joseph rouge 2009
  • Domaine du Chêne, Saint Joseph Anaïs 2009.

Un restaurant

L’ Atelier d’Antoine, Route de Gerbey à Chonas L’Amballan pour la finesse de sa cuisine et le choix des vins.

BEAUJOLAIS, MÂCONNAIS.

Les Terres Dorées ont bien grandi depuis les premiers Beaujolais élaborés
par Jean-Paul Brun. Le personnage, à force de ténacité et d’innovation, s’est fait connaître par monts et par vaux, poursuivant le but de sortir le Beaujolais et la médiocrité où beaucoup le maintenait. Il gère maintenant 45 hectares qui produisent du Beaujolais, des Côtes de Brouilly, du Fleurie, du Morgon, du Moulin-à-Vent et même de la roussanne en vin de pays. En plus, il a entrepris d’aider une parente veuve qui possède du Côte-Rôtie et du Condrieu, il lui prodigue ses conseils et vinifie ses vins. Voilà un homme bien occupé et l’on ne s’étonnera pas qu’il soit souvent fatigué !
Si 2009 peut être sacré millésime du gamay, 2010 lui dispute le podium. Voici deux années qui devraient enlever les réticences des derniers boudeurs, à moins que décidément, ils n’aiment pas le vin.
Certains abandonnent leurs exploi-tations ou découragent leurs enfants de les reprendre tandis que d’autres redressent fièrement la tête et défendent leurs terroirs avec ardeur, compétence et enthousiasme. C’est le cas des impénitents, ainsi nommés à Morgon parce qu’ils se montrent intransigeants envers toute dénaturation du cru, ils désignent le Domaine Louis-Claude Desvignes repris en mains par Emmanuelle et Benoît Desvignes, frère et soeur. Ils ont donné ce nom d’impénitents à leur meilleure cuvée de 2009, une cuvée destinée au vieillissement. Les deux jeunes gens mettent tout en oeuvre pour redonner au Morgon son lustre d’antan, il faut savoir que juste après la guerre, les fûts de Fleurie et de Morgon se vendaient au même prix que le Châteauneuf-du-Pape. Aidés par deux millésimes exceptionnels, ils réhabilitent le gamay en qualité et en prix. Pourquoi un gamay bien élevé vaudrait-il moins qu’une syrah? Jules Chauvet, scientifique du vin et figure emblématique de la région, s’il le pouvait sous terre, manifesterait certainement son bonheur de voir renaître la noblesse des crus. Pour s’en convaincre, il faut goûter, sans préjugés.

Présent à la dégustation de mars.

 Au Domaine du Tremblay, le gamay a trouvé un autre défenseur. En complicité avec ses amis Desvignes, Eric Janin ne ménage pas non plus sa peine afin de doter ses Moulin-à-Vent de toutes les vertus du grand vin. Il vient d’acquérir un nouveau terroir auquel il croit beaucoup, la culture biologique dont il le fera bénéficier ne pourra que lui être bénéfique. En attendant, la cuvée Greneriers reste le vin au meilleur potentiel de garde.
Les collines du Beaujolais flattent notre oeil comme ses vins réjouissent nos papilles. Près de la Madone qui veille tout en haut de Fleurie, nous nous extasions, la nuit, d’un paysage ouaté percé de lumières puis d’un lever de soleil flamboyant sur le vignoble d’où montent les volutes de la taille.

Alain CoudertLa tenue exemplaire du dernier millésime se confirme au Clos de la Roilette. Alain Coudert et sa femme Odile personnifient l’accueil en Beaujolais. Ici ne cessent jamais les allées et venues d’amis et clients, personne ne semble déranger. Le «petit coup» est toujours offert avec le sourire.
Autour de Lyon, dans un large périmètre, on fête les conscrits, c’est-à-dire toutes les personnes d’un village qui ont atteint 20, 30, 40, 50, 60 ans et plus… Des chars sont confectionnés et défilent bruyamment, les libations qui les accompagnent peuvent durer plusieurs jours. C’est leur carnaval à eux. A Fleurie, les réjouissances ont lieu le dernier week-end de janvier. Alain fait partie des cinquantenaires de 2011. Alors que nous allons partir au restaurant, une petite troupe d’amis envahit le chai et rapporte, prétexte-t-il, les éléments d’un char démonté. Puis soudain surgissent cageot d’huîtres, saucisson, pain et bouteilles de Champagne. Impossible de s’éclipser et pourquoi bouder son plaisir? On boit moult Fleurie 2010 mis en bouteilles quelques heures auparavant, des magnums plus quelques autres bouteilles venues d’ici et là. On chante, on danse même jusqu’à une heure avancée de la nuit. Nous regagnons cependant notre lieu de séjour préféré à Fleurie, hôtel gratuit à la vue imprenable, le Col de la Madone. Au matin, la Madone est toute enveloppée de brouillard, nos esprits aussi.

Beaujolais et Mâconnais se mélangent aux confins sud de la Saône-et-Loire. Pouilly-Fuissé, Solutré, succèdent aux crus les plus réputés du Beaujolais. Du rouge on passe au blanc, et non le moindre.
Le brouillard joue à cache-cache avec le soleil. Il s’effiloche parfois et permet aux rayons solaires d’éclairer le paysage. Ainsi, en route vers la Roche de Solutré, celle-ci nous apparaît subitement, immense, alors que nous sommes à ses pieds. La campagne se découvre : vignes, prés, bois et maisons se repaissent de lumière.

Après avoir exercé leur métier d’architecte en Italie, Claire et Fabio ont choisi de reprendre la propriété viticole appartenant à la famille de Claire, le Château des Rontets, délaissée depuis quelque temps. Sans expérience, sans connaissance particulière en matière de culture et de vins, avec leur seul amour du travail bien fait, ils se sont formés sans idées préconçues et ont apporté un regard neuf. L’appellation Pouilly-Fuissé, championne du désherbage, en avait bien besoin. Si le couple revendique toujours le titre d’apprentis, il s’applique néanmoins à agir sur tous les aspects qui créent un véritable vin de terroir. Il possède aussi une parcelle de Saint-Amour que Fabio, puriste dans l’âme, s’essaie à vinifier avec un minimum de soufre.

La roche de SolutréA Quintaine, Gauthier Thévenet prend progressivement les rênes des exploitations familiales, succédant à son père Jean, pilier contestataire dans l’aire de Viré-Clessé. Il nous semble bien que le rajeunissement ainsi opéré ne nuira en rien à l’excellence des vins un peu particuliers produits par les Thévenet et associé. Outre les vins réalisés sur les trois domaines – Roally, Emilian Gillet, Bongran, une cuvée de Mâcon-Villages vient d’être crée. Elle rassemble les vins récoltés sur les trois propriétés qui ne sont pas classés en Viré-Clessé. Vins un peu particuliers, disons-nous. En effet, est-le terroir ou la manière de vinifier qui confère aux vins un moelleux unique et séducteur ? Sans doute un peu les deux.
Le dimanche 13 février, nous rejoignons un couple d’amis à Tournus, au restaurant Aux Terrasses. Cette adresse nous a été recommandée et elle le mérite amplement. Etoilé, l’établissement propose une cuisine sérieuse à base de produits sélectionnés, agrémentée sans excès d’une touche d’exotisme. Il en coûte 45 € pour entrée, plat, fromage et dessert. Le jeune chef aime le vin et s’entoure des meilleurs vignerons ; il en fait profiter ses clients en pratiquant des prix vraiment mesurés. Le tout servi avec le sourire malgré l’affluence d’une veille de Saint-Valentin.

Millésimes

Si 2009 est sans conteste l’année du gamay, 2010 offrira des Beaujolais à boire sans modération. En chardonnay, 2009 apporte moelleux et volume sans mollesse toutefois. La droiture du 2010 nous plaît beaucoup.

Nos vins préférés

  • Terres Dorées, Beaujolais ancien 2010
  • Domaine L.Cl. Desvignes, Morgon Javernières 2009 et cuvée «Les Impénitents» 2009
  • Clos du Tremblay, Moulin-à-Vent 2009
  • Clos de la Roilette, Fleurie Tardive 2010
  • Château des Rontets, Pouilly-Fuissé Clos Varambon 2009
  • Domaine Emilian Gillet, Viré-Clessé 2OO8
  • Domaine de la Bongran, Viré-Clessé 2OO5

Un restaurant:

Aux Terrasses à Tournus pour sa cuisine goûteuse, ses prix mesurés et son choix de vins.

CÔTE D’OR ET JURA.

Lundi 14, nous reprenons le travail en nous dirigeant vers la Côte d’Or. Meursault d’abord et les chais de Thierry et Pascale Matrot. A l’encontre de nombreux propriétaires de la commune, Thierry Matrot n’utilise pas de bois neuf pour donner de la rondeur à ses vins. Il croit davantage à une culture bien menée pour leur apporter profondeur, longueur et longévité. Il convient de se montrer attentif aux premières gorgées afin d’en saisir toute la complexité, surtout quand le vin est jeune. Mais plus il vieillit, plus il se développe et justifie la réputation mondiale du Meursault. Les rouges eux aussi s’épanouissent avec le temps. Qui va piano, va sano.
Thierry Matrot nous apprend que sa fille aînée et son compagnon reprendront en avril le restaurant «Le Chevreuil», vieille maison de tradition à Meursault.

Présent à la dégustation du printemps.

Tout près de Beaune, nous sommes bientôt au Domaine Jean Guiton. C’est le fils Guillaume qui vinifie depuis 2003. Jean, son père, n’a jamais abandonné les labours. Propriétaires de huit hectares environ, les Guiton possèdent quelques belles appellations autour et dans Beaune : Beaune d’abord, Savigny, Pernand-Vergelesses, Ladoix-Serrigny, Aloxe-Corton, Pommard. Des noms évocateurs d’émotion mais surtout des vins vinifiés avec une maîtrise
de plus en plus accomplie. Quelle finesse, quelle élégance, quel équilibre dans les vins de 2008 et 2010, du vrai pinot bonheur. 2009, plus dense comme il se doit, évite les pièges de la lourdeur et de la mollesse et offre une magnifique structure. Voilà un jeune vigneron avec qui il faudra compter.

Mis en retard par l’enthousiasme éprouvé au Domaine Guiton, nous arrivons tard au Domaine Charlopin. Pourtant les vins à déguster y sont nombreux tant Philippe et Yann gèrent maintenant un grand nombre d’appellations, plus de trente en Côtes-de-Nuits et Côtes-de-Beaune et jusqu’à Chablis. Les vins de 2010, en pleine gestation, demandent à être revus. Les 2009 méritent la superbe réputation du millésime.
Dernier rendez-vous en Côte d’Or, le Château de Chorey-lez-Beaune. Ici un drame s’est joué début décembre. Benoît Germain qui dirigeait la propriété familiale, victime d’une dépression chronique, s’est donné la mort. Son père, François Germain, retraité depuis plusieurs années, s’est trouvé obligé de reprendre du service, aidé par sa fille aînée. Nous avons trouvé une famille dans la peine mais faisant face.
Les derniers millésimes ont été récoltés et vinifiés par Benoît. Fidèles à sa manière, les vins se montrent fermes avec une belle minéralité. Paradoxe : ils comptent sur l’avenir pour donner le meilleur d’eux-mêmes.

L’essentiel de notre périple se termine. Il reste juste une petite escapade de deux jours dans le vignoble du Jura pour prendre une commande au Domaine Berthet-Bondet. Le Jura, ce sont des vallées, des pics, des cirques de vignes, des villages perchés comme Château-Chalon, des reculées ou falaises abruptes travaillées au burin par un sculpteur géant. Ce sont aussi des vins de savagnin sous voile, dévoilés ou mis en bouteilles au bout de trois ans pour les Côtes de Jura, de six ans pour le Château-Chalon. Des vins déroutants qui troublent certains amateurs et en enchantent d’autres par leur finesse et leur longueur pénétrante. Les millésimes s’avèrent moins déterminants en raison de l’oxydation recherchée.

Millésimes

Puissance et rondeur pour les 2009, finesse et élégance pour les 2010.

Nos vins préférés

  • Thierry et Pascale Matrot, Meursault Charmes 2OO8
  • Domaine Jean Guiton, Bourgogne 2009, Ladoix-Serrigny 2OO8, Savigny-les-Beaune 2OO8
  • Domaine Charlopin, Clos Vougeot 2009 et 2010
  • Château de Chorey, Pernand-Vergelesses blanc 2010
  • Domaine Berthet-Bondet, Château-Chalon 2OO3

Nous avons pris infiniment de plaisir tout au long de cette balade dédiée à la vigne et au vin. Le vin ! Quel formidable vecteur de convivialité ! Quel
bonheur de partager autour d’une table la diversité des terroirs, d’en deviser agréablement tout en célébrant l’amitié qui nous unit maintenant, après plus
de trente ans à se côtoyer, à ces merveilleux dispensateurs de joie que sont les
vignerons. Hommes ou femmes de conviction, travailleurs et fêtards, ils représentent un art de vivre que les gens stressés et pressés, les gens sérieux, devraient méditer. Prendre le temps d’apprécier, de goûter le sel de la vie ne nuit pas à la clarté de l’esprit. Au contraire, il s’en trouve stimulé, élevé vers les choses essentielles.
Il y a les hommes mais aussi les paysages qui les entourent. Beaucoup de lieux se quittent à regret tant leur beauté touche au coeur.
Quand nous quittons le Franche-Comté pour la région Champagne-Ardennes, ça sent l’écurie. Cependant
il reste une dernière escale au lac du Der-Chantecoq dans la Haute-Marne. Face au lac assoupi dans sa robe d’hiver, comme seuls au monde, nous profitons de nos derniers temps de nomades. Langoustines poêlées, lapin aux thym et romarin de Puéchabon, riesling et Coteaux-du-Languedoc 1999 clôturent notre séjour en apothéose comme le concerto de Tchaïkovsky qui accompagne nos agapes.

Les pages de l’atlas tournent à l’envers. Rocroi, Chimay, Beaumont, Solre/Sambre. Point final.