Janvier 2010

(Un vol le dernier jour, à quelques kilomètres de chez nous, nous a privés de toutes les photos prises au cours du  voyage. Nous sommes désolés pour le manque d’illustration.)

En route pour un voyage de trois semaines, écourté par rapport aux années précédentes. En effet, 2010 s’inscrira pour nous comme un millésime de changement. Le bail commercial qui nous lie à la maison que nous occupons depuis bientôt 27 ans, prend fin cette année. Nous allons donc transférer progressivement toute l’activité commerciale vers le bâtiment voisin, là où se situent les caves. Nous y avons aménagé une grande salle et une cuisine afin d’accueillir  plus confortablement qu’à la maison, vignerons, groupes et élèves-dégustateurs de Dominique. Déjà on accède maintenant aux caves en empruntant la porte de rue, juste à côté de la petite porte où l’on charge les vins. A la dégustation du printemps prochain, nous aurons le plaisir de vous balader à travers le nouvel espace. A la rentrée qui succèdera aux vacances estivales, le bureau lui-même sera transféré et nous serons définitivement installés.
Pour l’heure, nous voici à nouveau sur les routes de France. L’hiver s’est imposé dès la mi-décembre, la neige est tombée en abondance sur certaines régions qui n’y sont pas accoutumées, des monticules blanc-gris en gardent la trace sur les bas-côtés. Ce temps hivernal a mis les vignerons au repos forcé, la taille a pris du retard. Sous le gel persistant, les baguettes givrées, étincelantes, se dressent sur les ceps.
Nous avions terminé notre périple de septembre en clamant : « Cette année, le bonheur est dans les vignes ».  Sachez qu’il a gagné les chais. Abondant sauf catastrophe climatique locale, le millésime enchante les vignerons par ses multiples qualités. Bref une année comme on en souhaite, en cette période de vœux, le plus souvent possible à tous les viticulteurs que l’on aime.
En janvier, on goûte la plupart du temps les vins de la dernière récolte encore en fût ainsi que les vins de l’année précédente. Ces derniers, selon leurs caractéristiques,  sont déjà en bouteilles ou encore en cuve ou en fût. L’appréciation que nous en donnons n’est donc pas définitive.

BOURGOGNE, Côte d’Or.

La première journée démarre sur des chapeaux de roue, quatre vignerons sont prévus au programme.
Le Domaine Charlopin avec ses 30 appellations au minimum et ses 140 parcelles différentes nous prend toute la matinée. Nous sommes au Domaine Jean Guiton entre midi. Pas le temps de manger car nous sommes attendus au Domaine du Château de Chorey à 15 heures. Deux heures plus tard, nous entamons la dégustation au Domaine Matrot.
C’en est déjà fini de la Côte d’Or et de ses appellations prestigieuses, des noms mythiques qui égrènent ses villages tout au long de la départementale 974, incitant les voyageurs à la rêverie gustative.
Qu’en retenir ?  Rappel millésimes : 2007, année précoce, a connu un printemps trop vite chaud puis pluvieux, les rouges en ont souffert, les blancs, vendangés plus tard exceptionnellement, ont mieux résisté. D’un climat  plus classique, 2008 convient bien aux vins de Bourgogne, blancs comme rouges. 2009 se définit comme une année puissante, elle époustoufle par sa matière dense inhabituelle, mais les blancs pourront peut-être paraître un peu trop copieux. Affaire de goût !

Nos vins préférés à ce jour :

  • Gevrey-Chambertin et Charmes-Chambertin 2008 du Domaine Charlopin
  • Beaune Les Sizies 2008 du Domaine Jean Guiton
  • Pernand-Vergelesses 2008 et Beaune Teurons 2008 du Château de Chorey
  • Meursault-Charmes 2007 du Domaine Matrot.

BOURGOGNE, Mâconnais et Beaujolais.

On zappe la Côte chalonnaise qui retient rarement notre attention, essentiellement par rapport aux prix pratiqués, pour rallier le Mâconnais. Nous voici tout frais le matin au Château de Rontets (il existe vraiment). Claire et Fabio nous racontent l’extraordinaire séance de nudisme organisée dans leurs vignes par Green Peace. Sept cents personnes qui se déshabillent et abandonnent leurs vêtements sur place représentent une sacrée aventure comme celle de déposer une grappe de raisin sur sept cents seins (dixit Fabio) ! Mais le beau temps était de la partie et l’opération fut couronnée de succès.
En 2009, après deux années de disette, le domaine renoue avec une quantité normale, tout au moins pour le Pouilly-Fuissé car, en Saint-Amour, la grêle a confisqué la presque totalité de la récolte. Dur métier que celui de vigneron, toujours dépendant du bon vouloir de la nature.
Cependant ce bon vouloir réserve parfois des surprises enthousiasmantes, c’est ce que nous découvrons dès notre première visite au pays Beaujolais, à Fleurie, au Clos de la Roilette. Jamais nous n’avons goûté un vin aussi harmonieux, charnu, envoûtant pour tout dire. Nos amis lyonnais sont venus nous rejoindre. A table, le soir, la bonne humeur s’est invitée sous la houlette d’Odile et Alain Coudert. Les Fleurie de 1990 et 1999 auraient fait mourir de honte les détracteurs du Beaujolais.
Demain est déjà là après une nuit passée sous la protection de la Vierge et de sa chapelle, au sommet de la commune de Fleurie. La visite des Domaine Paul Janin (Moulin-à-Vent) et L. Cl. Desvignes (Morgon) confirme l’excellence de 2009. Chacun pense à 1991 et cette référence met du baume au cœur.
En fin de journée, au Domaine des Terres Dorées, l’abondance des appellations vinifiées par Jean-Paul Brun permet de mesurer la régularité et la haute tenue de ce millésime 2009 qui fera date sans nul doute. Bientôt sur nos tables, le Beaujolais l’Ancien en sera le joyeux ambassadeur. Adieu Beaujolais.

Millésimes : l’année 2008 se caractérise par un agréable fruité. Quant au gamay 2009, il peut rivaliser avec de bien belles syrahs.

Nos vins préférés à ce jour :

  • Pouilly-Fuissé Les Birbettes 2008 du Château de Rontets
  • Brouilly, Fleurie, Fleurie Tardive 2009 du Clos de la Roilette
  • Moulin-à-Vent Clos du Tremblay 2009 du Domaine Janin
  • Morgon Javernières 2009 du Domaine Desvignes
  • Beaujolais l’Ancien et Côtes de Brouilly 2009 du Domaine des Terres Dorées.

BUGEY.

Une jolie promenade de deux heures nous emmène du sud du Beaujolais vers l’Ain et le Bugey qui verra ses vins devenir appellations d’origine contrôlées (AOC) à partir de 2009. Cet anoblissement rendra-t-il la région plus célèbre auprès des oenophiles ?  Nul ne le sait, les vignerons consciencieux n’ont pas attendu cette reconnaissance pour gratifier de leurs meilleurs soins vignes et vins. Frank Peillot, accueillant, généreux et convivial, en personnifie l’exemple.
Rustique, la « mondeuse » en effraie plus d’un. A mi-chemin entre le gamay et la syrah, elle garde un côté « paysan » qui lui confère toute son originalité dès que l’on a dépassé l’ aspect . bourru. La roussette, issue de l’ « altesse», se laisse plus vite apprivoiser. Sur place, nous avons découvert une mondeuse blanche dont nous ignorions l’existence. Normal, elle est en voie de disparition. Dommage !
Saviez-vous que la « Fine du Bugey » a failli supplanter le Cognac. Curnonsky la considérait comme la meilleure eau-de-vie française issue du raisin.

Millésimes : L’année 2007, en blanc comme en rouge, manque de profondeur. 2008 tient un bon équilibre. 2009 est riche.

Notre vin préféré à ce jour :

  • Mondeuse 2008 du Domaine Franck Peillot.

 

CÔTES-DU RHÔNE, Nord.

Deux heures de route, direction sud-ouest, nous ramènent au sud de Lyon puis de Vienne vers la longue bande de vignobles qui bordent le Rhône d’Ampuis à Valence. Nous sommes attendus chez les Rouvière au Domaine du Chêne à Chavannay, dans l’appellation Saint-Joseph. Dominique et Marc ont acquis une parcelle à Saint-Pierre-de-Bœuf, au lieu-dit « La Dame ». Très bien exposée, elle devrait se distinguer dans la gamme des Saint-Joseph. Le lendemain, nous traversons le Rhône pour nous rendre au Domaine Graillot  dans l’appellation Crozes-Hermitage. Alain et son fils Maxime seront absents, nous le savons. Nous sommes reçus par Thomas Schmittel, l’associé de Maxime. Ensemble, ils ont créé un petit négoce nommé Equis, dédié aux appellations locales tel Crozes, Saint-Joseph et Cornas, le tout bien choisi et bien élevé. Affaire à suivre.
Fidèles au style d’Alain, le Crozes blanc 2009 et le Crozes rouge 2008 rentreront en avril. Pas de Guiraude en 2008, Alain n’a pas jugé l’année suffisamment charpentée.

Millésimes : L’année 2008 tient la route sans excès. 2009 se montre beaucoup plus spectaculaire, elle confère beaucoup de profondeur aux vins. Les blancs marqueront probablement les mémoires.

Nos vins préférés à ce jour :

  • Saint-Joseph Anaïs 2007 du Domaine du Chêne
  • Crozes-Hermitage blanc et rouge 2009 du Domaine Alain Graillot
  • Cornas 2009 sélection Equis.

CÔTES-DU-RHÔNE, Sud.

Nous longeons à nouveau la rive droite du Rhône et arrivons en fin d’après-midi au Domaine Sainte-Anne à Saint-Gervais. Jean Steinmaïer nous présente l’année 2009 avec fierté. Même le Côtes-du-Rhône blanc dont nous ne comprenons pas toujours l’expression s’est étoffé magnifiquement sous l’effet millésime. Hélas, trois fois hélas, la grêle s’est abattue au printemps sur la récolte future et l’a amputée de la moitié. Stoïque, Jean accepte avec résignation les coups de colère de la nature et se réjouit déjà de pouvoir compter sur une moitié d’une telle qualité. Le soir, le Saint-Gervais 1997 confirme l’exceptionnelle longévité des cuvées du Domaine Sainte-Anne.

Ce samedi matin 23 janvier a lieu comme chaque samedi de novembre à mars, le grand marché aux truffes de Richerenches dans l’Enclave des Papes. Le plus grand de France, paraît-il. En cette période de l’année, la saison bat son plein. Drôle d’ambiance où quelques échoppes seulement exposent leurs truffes. Car l’essentiel se trame en catimini : de grands sacs impénétrables à la vue, pas à l’odorat, cachent l’or noir et restent dans les coffres de voiture, hayons soulevés. Toutes les transactions ont des allures de clandestinité. Malheureux néophytes qui débarquent là sans connaître le mode d’emploi !
Sur recommandation d’un ami, nous avons acheté les nôtres, trois belles truffes tuber mélanosporum, bien noires et bien fermes, au prix de 550 € le kilo, et nous avons été ravis de la qualité. Notre nid vagabond embaume la truffe chaque fois que nous ouvrons le frigo.
Au Domaine Santa Duc, Yves Gras exprime aussi son enthousiasme face à la superbe vendange 2009. Cependant 2008, moins complexe sans doute, ne ménage pas le plaisir offert.
Après les opulents 2007, l’année 2008 apporte fraîcheur et buvabilité.
Depuis 2008, Yves tente une expérience intéressante autant qu’excitante. Titillé par la manière de faire d’un ami vigneron, Rémy Pedréno au Roc d’Anglade dans la région de Nîmes, il lui a confié une parcelle, à charge de Rémy de mener la culture et la vinification.  Le résultat est surprenant puisqu’il aboutit à deux Gigondas bien différents. Celui de Santa Duc présente une structure solide reposant sur un socle de fraîcheur tandis que le vin de Rémy séduit par son élégance racée. Ils ont décidé de réaliser une cuvée mixte qui prendra le nom de « Santa Roc ».

Dimanche, pour le repas de midi, nous nous installons à La Beaugravière à ondragon. Le menu truffes s’impose et sa générosité nous surprend toujours. Pour l’accompagner un Champagne Egly-Ouriet, grand parmi les grands, et un Châteauneuf rouge 1998 de Charavin, à point. Nous voilà repus.
Lundi matin, nous trouvons Luc Pélaquié détendu, joyeux, bref en grande forme. Lassé des prix ridicules proposés par le négoce de la place, il a décidé de commercialiser lui-même en bouteilles toute sa production. Ce n’est pas une mince affaire quand on connaît l’importance de son domaine. Mais il y croit et s’est doté de nouveaux moyens techniques performants. Les vins rouges en sont tout chamboulés, beaucoup plus guillerets que les années précédentes.

A midi, Guillaume Marot, le fils de Florence et Jean Marot du Domaine Vendemio nous rejoint. Elève-sommelier, il souhaite approfondir ses connaissances et profiter de notre visite auprès de deux domaines réputés, le Château Rayas et le Domaine de Trevallon.
Au Château Rayas, à Châteauneuf-du-Pape, Emmanuel Reynaud se révèle fidèle à lui-même. Tout semble facile quand il explique ses méthodes de travail, sans risques. De ses foudres et fûts ancestraux, il tire des vins d’une finesse rarement égalée. Les Reynaud sont-ils magiciens ou simplement ont-ils obéi à des logiques oubliées aujourd’hui ? Nous n’avons goûté les 2009 dont le propriétaire se dit très satisfait. A Rayas, les fermentations durent longtemps et les vins nouveaux ne se dégustent pas dans l’année.

Millésimes : L’année 2008 se présente comme une année reposante, tout en fruits. 2009 est charnu, puissant, probablement moins riche que 2007.

Nos vins préférés à ce jour :

  • Coup de cœur général pour les vins de 2009 du Domaine Sainte-Anne
  • Laudun blanc et Tavel 2009 du Domaine Pélaquié
  • Côtes-du-Rhône-Villages-Roaix 2008 du Domaine Santa Duc.

PROVENCE.

Au Domaine de Trevallon, c’est la jeune génération qui nous reçoit, en l’absence du père parti festoyer avec quelques amis. Nous ne perdons pas au change, Antoine, plutôt réservé, se montre plein d’enthousiasme et de passion lorsqu’il aborde les questions propres à son métier. La présence de Guillaume crée de l’émulation et du plaisir juvénile. Nous nous promenons dans les vignes, nous dégustons longuement jusqu’au vin depaille, production personnelle d’Antoine. Voilà une succession encore bien assurée.
Au moment de partir, Antoine raconte que nous sommes les premiers clients qu’il a reçus seul et qu’il en était tout perturbé, cela se passait un mardi banal en date du 11 septembre 2001.

Millésimes : 2009 se révèle une année plus puissante que 2008 qui cependant ne démérite pas.

Nos vins préférés à ce jour :

  • Rouge 2007, rouge 2008, blanc 2009 (qui contient maintenant du grenache) du Domaine de Trevallon.

 

La nuit, nous dominons Les Baux puis quittons la Provence par un matin clair tremblant sous le mistral. A droite, les herbes folles bordant la route s’inclinent à notre passage tandis qu’à gauche, elles nous tournent résolument le dos. Nous ne nous arrêtons pas en Languedoc car nous aurons bientôt l’occasion de rencontrer bon nombre de vignerons à la grande exposition de Vinisud.
Le soleil accompagne notre longue balade dans le Haut-Languedoc, éclatant dans sa beauté dépouillée. Bientôt la plaine lui fait suite, nous abordons le pays de Toulouse et les vins de Fronton.

SUD-OUEST.

Au Domaine du Roc, les chaleureux frères Ribes ont créé une nouvelle cuvée, sans prétention de pérennité. Au contraire, elle se veut immédiate et festive, idéale pour les pique-niques et barbecues de l’été. Elle s’appelle « la folle noire d’Ambat ». Folle noire parce que c’est une autre manière de nommer la négrette, le cépage autochtone. Ambat correspond au lieu-dit où est plantée la dite folle noire. En 2009, elle reflète évidemment les qualités du millésime, on la goûte charnue, à croquer, dense sous ses parfums de petites baies noires. Quant au rosé, les vignerons ont su calmer son trop-plein d’exubérance, il se montrera équilibré.
Nous souhaitons vif succès à la « dame folle » car Fronton a besoin de ce genre d’ambassadeur pour séduire dans un premier temps et permettre d’attendre les vins plus classiques, souvent durs dans leur jeunesse.
Mercredi matin 27 janvier, nous nous trouvons à 10h30 exactement devant la cave du Domaine d’Elian Da Ros, nous ne sortirons de la maison privée qu’à 18h30. Après deux années de grêle intense et de gel, le domaine retrouve en 2009 une récolte normale en quantité. Comme la qualité est aussi au rendez-vous, le sourire illumine à nouveau le beau visage d’Elian ainsi que celui de sa nouvelle compagne, Sandrine, qui a abandonné son métier pour se consacrer entièrement à Elian et à son domaine. En tant qu’intermédiaire dans la sélection de vins destinés au Japon, elle connaissait le vignoble à merveille. A eux deux, ils forment maintenant une équipe percutante.

Millésimes : Facile à boire, l’année 2007 se donne avec gourmandise. 2008 se caractérise par de l’élégance et de la minéralité. 2009 forme la synthèse des deux millésimes précédents, il constitue une sorte de perfection.

Nos vins préférés à ce jour :

  • Fronton rosé et  Fronton Folle Noire d’Ambat 2009 du Domaine du Roc
  • Côte du Marmandais Chante-Coucou 2007 du Domaine Elian Da Ros.

BORDEAUX.

Nous changeons de région en effectuant peu de kilomètres car la commune de Margueron où se situe le Château du Champ des Treilles se trouve à l’extrémité de la Gironde, aux confins des départements du Lot-et-Garonne et de la Dordogne. Noyé dans l’appellation Bordeaux, même estampillé Sainte-Foy, il faut la volonté indéfectible de Corinne Comme pour sortir le domaine du lot de la banalité. Plus que jamais férue de biodynamie, elle porte la propriété à bout de bras et multiplie les déplacements entre Pauillac où elle réside avec son mari, régisseur du Château Pontet-Canet, et Margueron où elle s’épanouit et s’esquinte au milieu des vignes. Notre fils Jean-Charles effectuera un stage chez elle au printemps, elle brûle de le convertir aux bienfaits de ses méthodes culturales. Adepte des levures indigènes, Corinne tient un blog (http://www.champdestreilles.com/  ) où elle raconte ses expériences, se heurtant ainsi à d’autres avis plus tranchés. Si vous voulez mieux connaître ce petit bout de femme frêle et déterminée, connectez-vous.
On peut considérer comme classiques les vins de la famille Ponty. Les Châteaux Petit et Grand Renouil,  comme le Château Pavillon où nous sommes agréablement reçus, se trouvent sur les coteaux de Fronsac qui bordent la Dordogne. Une bien jolie butte qui peut produire des vins de caractère, cependant quelque peu oubliée, négligée. Probablement laissée dans l’ombre tendue par ses voisins de Saint-Emilion et de Pomerol.
Michel Ponty dont nous apprécions beaucoup la liberté d’esprit, fait de son mieux pour tirer le meilleur des différents terroirs dont il a la charge mais pas l’exclusive propriété. Doucement l’idée de la culture biologique chemine dans sa tête mais il lui faudra sans doute ferrailler dur pour l’imposer à sa famille co-propriétaire.
A Cars, dans le Blayais, la petite coopérative qui produit le Château Montfollet poursuit ses efforts vers une qualité toujours supérieure. Pourtant son directeur, Dominique Raymond, semble découragé car, vu le marasme général, celui du vignoble français et du bordelais en particulier, il constate que plus la qualité monte, plus les prix baissent. Il semble bien que de nombreux distributeurs, parmi les plus importants, achètent une appellation plus qu’un vin, ils se soucient du prix le plus bas sans s’inquiéter du liquide contenu dans la bouteille. A quoi bon lutter alors et se montrer exigeant envers les adhérents. Dominique Raymond veut toujours y croire, le meilleur, forcément, émergera un jour. Mais en attendant, il faut tenir chaque jour qui passe.

Millésimes : Les caractéristiques des millésimes se trouvent proches de celles du Sud-Ouest, 2008 cependant présente davantage de sévérité.

Nos vins préférés à ce jour :

  • Bordeaux Sainte-Foy Grand Vin 2006 du Château du Champ des Treilles
  • Canon-Fronsac 2009 du Château Grand-Renouil
  • Premières Côtes de Blaye et Blaye 2007 du Château Montfollet.

AUTOUR D’ ANGERS

Le mois de janvier se termine et le traditionnel Salon d’Angers qui se tient toujours dans les premiers jours de février se profile. En marge du salon officiel se tiennent en cette année 2010 deux autres dégustations, celle qui réunit les membres du groupe « Renaissance des Appellations » sous l’égide de Nicolas Joly et celle qui rassemble les nombreux sympathisants de la « Dive Bouteille », à l’initiative de Catherine et Pierre Breton.
A cette occasion, il me semble important d’apporter certaines précisions. La Dive Bouteille se réclame de vins naturels. Qu’est-ce à dire ? Culture bio ou biodynamique ? Pas nécessairement. Sans soufre ? Souvent. Avec déviation vers l’acétate d’éthyle ? Malheureusement trop souvent.
Résumons : Un vin dit « naturel » peut s’appuyer sur une culture à base d’engrais, de désherbants et de pesticides, rien n’oblige ses adeptes à cultiver propre. A la vinification par contre, le producteur s’efforce d’utiliser le moins d’additifs possible, et surtout le fameux SO2 responsable de maux de tête et de maux d’estomac, de tous les maux crient en chœur ses détracteurs. Seulement voilà, l’anhydride sulfureux est la seule substance qui empêche le vin de suivre son cours « naturel » qui est celui de virer au vinaigre (vin-aigre). Il peut tenir un certain temps (comme l’affût du canon de Fernand Raynaud), surtout si on le garde dans des conditions optimales de température mais son destin reste incertain. Il suffit de déguster à la Dive Bouteille pour se rendre compte rapidement que certains vignerons ne maîtrisent absolument pas le devenir de leurs vins. Alors bonjour les brûlures d’estomac. Cependant des amis de la Dive Bouteille, nous en connaissons plusieurs qui ne se risquent pas à l’absence totale de SO2, ils gardent raison d’autant plus que les bons vinificateurs l’utilisent avec parcimonie. De toute manière, le « sans soufre » total n’existe pas car au cours de la fermentation, il s’en produit « naturellement ».
Pour être membre du groupe de la Renaissance des Appellations, il faut obligatoirement pratiquer la culture biologique , ou mieux encore la culture biodynamique (label Demeter). Actuellement il n’existe aucun cahier des charges réglementant la vinification. Le label Demeter essaie de le mettre en place mais, en fonction de la législation européenne qui fait loi, les exigences seront limitées, obtenues à minima. La culture bio ne constitue pas non plus un label de qualité pour le produit fini, on le constate trop souvent.
Par conséquent, entre la culture intensive qui produit des vins sans soufre, la culture bio qui débouche sur des vins quelconques, la culture amateur qui engendre des vins aigres, la culture traditionnelle qui donne des vins de caractère, la culture bio qui réjouit nos sens d’oenophiles, faisons confiance à nos papilles et à notre bon sens.
Nous n’avons pas été cette année à la dégustation de la Dive Bouteille qui se déroulait au Château de Brézé (glacial paraît-il), échaudés par une expérience antérieure désastreuse. Nous avons choisi de déguster toute une après-midi, avec notre Dominique, Florence, Jean et Guillaume Marot venus nous rejoindre pour quelques jours, à la Renaissance des Appellations. Outre les vignerons avec qui nous collaborons dont la liste serait fastidieuse, nous avons beaucoup apprécié les vins du Domaine Zelige Caravent en Pic-Saint-Loup et redécouvert les Mâcon Viré-Clessé du Domaine Marc Guillemot, voisin de Jean Thévenet, à Quintaine.  Nous approfondirons.

LOIRE,  Salon d’Angers.

Au fil des allées de ce salon aéré et spacieux, nous  allons à la rencontre des dix vignerons avec qui nous entretenons des relations commerciales et souvent amicales depuis plusieurs années, qu’ils viennent d’Anjou, de Touraine, du Centre ou du Pays Nantais. La Loire s’étend sur mille kilomètres, son centre se situe tout près de Pouilly/Loire. Entre Pouilly et Nantes, ses rives se sont toujours montrées accueillantes pour les vignes et les vignerons.
En direct du Pays Nantais, et donc du Muscadet, nous avons le plaisir de retrouver Serge Saupin, fidèle au poste et à son stand, après une année d’absence et beaucoup d’incertitudes sur son sort. C’est une véritable résurrection !
En face, les dames Laroche, Monique et Tessa, présentent les Savennières du Domaines aux Moines et là, c’est une révélation. Sous l’impulsion de Tessa la juvénile, le domaine a entrepris et mené à bien sa conversion vers l’agriculture biologique. A quoi Mme Laroche mère s’opposait, probablement à cause de la proximité de son domaine avec la Coulée de Serrant. En effet, elle n’entretenait pas les meilleures relations avec Nicolas Joly, propriétaire du prestigieux domaine. Tout cela est de l’histoire ancienne. Les vins profitent pleinement du changement de cap, ils se révèlent, en 2008 comme en 2009, élégants et profonds, infiniment séduisants.
Nous connaissons les vins du Château de Passavant depuis les années septante. Jean David avait beaucoup innové en vinification. Aujourd’hui les jeunes ont pris le relais et continuent à améliorer chaque paramètre lié à la qualité. Ils ont choisi la culture biodynamique et ses lourdes exigences. La sécheresse a réduit leurs rendements de manière drastique. S’il n’y a pas beaucoup de vins, au moins sont-ils de très belle texture. Ainsi en 2009, le Coteaux-du-Layon et le Rosé d’un Jour, merveilleusement fruité, en représentent la quintessence.
Chez les Lecomte, au Domaine des Caves, c’est aussi Nicolas, le fils ainé, qui a convaincu son père d’adopter la culture biologique. Depuis les progrès réalisés se ressentent chaque année, leur Quincy rivalise maintenant avec la crème des Sancerre.
En sauvignon encore et en 2009, le Vignoble des Bois Vaudons a cré une nouvelle cuvée à partir du « fié gris » ou sauvignon rose, qui développe une heureuse expression florale. Le sauvignon classique, par son ampleur, plaira beaucoup également.
Retournons au chenin. Le Domaine des Aubuisières a produit un fabuleux moelleux en 2009. 80 grammes de sucre et 6,8 d’acidité forment un équilibre presque parfait.
Au Domaine du Rocher des Violettes, c’est l’expression demi-sec des Borderies qui marque notre mémoire gustative.
Restent les rouges où s’impose le cabernet-franc. Le Saumur-Champigny du Domaine Lavigne demeure fidèle à son image, sa souplesse séduira.
Les Bourgueil du Domaine des Ouches, toujours plus tendus, sévères dans leur jeunesse, s’expriment dans la cuvée « 20 » 2009 avec aisance et rondeur. Cependant le grand vin, à notre avis, reste la cuvée des Ouches, un vin long, complexe, profond qu’il conviendra d’attendre avec patience.
Au stand du Domaine Bernard Baudry, le monde se bouscule. Difficile d’approcher, rançon d’un succès qui s’amplifie d’année en année. Succès bien mérité en l’occurrence en regard des efforts consentis pour tendre vers le toujours mieux. De la cuvée la plus tendre, les Granges, à la plus prestigieuse, la Croix Boissée, la montée des marches s’avère exaltante. Quelle minéralité, quelle race !
Dans les appellations Sancerre et de Reuilly, nous avons peut-être trouvé des vins intéressants, il faudra les soumettre à l’épreuve de la dégustation à l’aveugle, moins éprouvante assurément que celle de la question.

Nous finissons en apothéose notre voyage et le temps partagé avec l’apaisante famille Marot et  Dominique toujours enthousiaste. D’abord au restaurant Le Chat à Villechaud, hameau de Cosne/Loire. Sans payer de mine, cette agréable auberge offre un super rapport qualité-prix aux amateurs du bien manger et du bien boire.
Ensuite au Domaine Didier Dagueneau  à Saint-Andelain où nous sommes reçus par Héléna, la compagne de Louis-Benjamin, fils aîné de feu Didier. Que tous ceux qui craignent (ou affirment) que la qualité des vins du domaine pâtira dela succession se rassurent : il y a de la personnalité, de la volonté, de la compétence à revendre dans cette jeune équipe qui n’avait pas attendu le départ involontaire du père pour s’investir dans la réussite de l’exploitation. Nous lui faisons pleinement confiance. L’exceptionnelle qualité des vins  de 2009 le démontre. Réjouissons-nous car la récolte de 2009 s’est avérée un peu plus généreuse en quantité que les deux années précédentes. 2008, déficitaire, se moule dans la structure du millésime : vertical, tendu, persistant, conçu pour durer.
Quant au Jurançon des Jardins de Babylone, nous pensons bien que le 2008 est le meilleur jamais réalisé à ce jour.

Millésimes : La minéralité de l’année 2008 apporte aux vins blancs une fraîcheur inégalée. Les rouges expriment un caractère nordique qui ravira les amateurs de vins de Loire. Les rouges 2009 emporteront davantage une adhésion générale grâce à leur rondeur charnue dont se parent aussi les vins blancs.

Nos vins préférés à ce jour :

  • Savennières 2008 et 2009 du Domaine aux Moines
  • Rosé de Loire et Coteaux-du-Layon 2009 du Château de Passavant
  • Quincy Vieilles vignes 2009 du Domaine des Caves
  • Vouvray moelleux cuvée Alexandre 2009 du Domaine des Aubuisières
  • Montlouis Les Borderies 2009 du Domaine Le Rocher des Violettes
  • Bourgueil cuvée « 20 »  et Bourgueil Les Ouches 2009 du Domaine des Ouches
  • Chinon La Croix Boissée et Chinon Franc de pied 2009 du Domaine Bernard Baudry
  • Poully-Fumé Buisson Renard 2009 du Domaine Didier Dagueneau.

Quel beau métier que le nôtre ! En dépit de problèmes parfois terre-à-terre, nous n’en retenons que le meilleur : le ravissement des voyages, l’exaltation des découvertes, le bonheur des rencontrer des gens passionnants, passionnés et le plaisir authentique du partage et de l’amitié.

Retour au menu